À propos

Il faut bien son Rakuen.
C’est ce que je me suis dit en revenant écrire ici. Mon ancien blog avait disparu, emportant avec lui des choses auxquelles je tenais et d’autres dont je ne me souvenais même plus. Ça m’a fait quelque chose, tout de même. On peut oublier ce qu’on a écrit et avoir envie de savoir que c’est encore là. Que l’on pourra revenir, ouvrir, retrouver comment on était fait à ce moment-là.
Il a fallu recommencer. Je ne savais pas très bien avec quoi, puisque j’étais toujours moi et que, visiblement, je n’avais pas tellement progressé dans l’art de m’asseoir devant une page pour savoir immédiatement quoi en faire.
J’avais surtout envie d’avoir de nouveau cet endroit.
J’appelle ça mon jardin mental. Je peux y venir avec une pensée qui n’a pas fini de se former, la laisser dans un coin et revenir plus tard. Je peux aussi m’acharner dessus jusqu’à ce qu’elle ne ressemble plus à rien, ce qui arrive assez souvent. On ne vous montre pas ces moments-là. Vous voyez les textes, bien installés les uns sous les autres, avec leur titre, leur date… ça donne presque l’impression que je sais ce que je fais.
J’aimerais bien.
En réalité, il y a souvent quelque chose qui me travaille et que je n’arrive pas à prendre. Je le sens. Je peux passer ma journée avec, lui trouver une place pendant que je fais autre chose. Et lorsque je veux enfin l’écrire, voilà que je ne sais plus. C’était pourtant juste là. J’en avais même des phrases entières. Je me demande où elles vont, celles-là, et si elles sont contentes de me laisser dans cet état.
Alors j’essaie autrement. Je pars d’un geste, d’un personnage, d’une chose que je vois. Quelqu’un entre dans une pièce. Il attend. Il a mal quelque part. Pourquoi ? Je cherche avec lui. Je lui donne un prénom pour que ce soit plus simple, puis je lui invente une vie qui ne l’est pas du tout. Il aurait peut-être préféré que je m’occupe de la mienne.
Mais il faut bien que ça sorte.
Il y a des choses qui prennent trop de place au dedans. On peut essayer de vivre autour, ça finit par réduire considérablement la surface habitable. J’aime pouvoir leur donner une forme, même étrange, même un peu inquiétante. Dans un texte, je peux ouvrir mon crâne avec les mains, en retirer ce que je ne veux plus, regarder ce qui reste. Je peux me cacher dans un mur. Je peux rencontrer quelqu’un qui saura quoi faire de ce qui me pèse, puisque je l’aurai inventé précisément pour ça.
Et après ?
Après, je me relève de ma chaise. Il faut aller faire autre chose. C’est assez curieux, ce retour. Je viens de passer un moment dans quelque chose qui n’existe pas et j’en garde pourtant une sensation très précise. J’y étais. Je sais comment c’était. Je pourrais presque vous montrer l’endroit.
C’est peut-être pour cette raison que j’y retourne, même lorsque l’écriture me résiste. J’ai envie de voir ce qu’il y a encore. Ce que je pourrais trouver en restant quelques lignes de plus.
J’y mets de l’amour, aussi. Enfin, vous avez peut-être remarqué. Je serais assez embêté que ça vous ait échappé après tout ce que j’y ai mis. Il y a des visages qui passent d’un texte à l’autre sans le savoir, des présences dont je change la forme, des absences que je déplace pour pouvoir encore m’en approcher. Je peux raconter tout autre chose et penser à quelqu’un pendant chaque phrase. Ça reste entre nous. La personne concernée n’a pas nécessairement besoin de savoir qu’elle a été transformée en phénomène météorologique.
Parfois, je lève simplement la tête et je me demande ce qu’on va devenir.
Je regarde le ciel avec cette envie assez forte qu’il y ait une suite. J’aimerais que nous puissions continuer à découvrir, que ce qui nous attend dépasse tout ce qu’on a été capables de fabriquer dans nos histoires. Qu’on puisse aller voir. Je trouve qu’on a très peu de temps pour devenir quelqu’un, aimer des gens, essayer de les comprendre, et qu’il faut déjà commencer à avoir peur de les perdre.
Alors j’imagine. Ça m’aide dans le Pendant.
Le Rakuen, c’est aussi ça. Le paradis que j’essaie de me faire en attendant de savoir, si tant est qu’on sache un jour. J’y entre avec ce que je suis, ce que je crains, ce que j’espère encore malgré tout. Je pensais y mettre de belles choses et je me retrouve à y faire venir tout le reste. Mais puisque c’est mon endroit, il faut bien que je puisse y être entier.
Je ne vais donc pas vous promettre qu’on s’y sent toujours bien. Il y a des textes dans lesquels je suis resté longtemps avant de trouver comment en sortir. D’autres que j’ai écrits avec une sorte de joie, parce qu’une idée en entraînait une autre et que, pour une fois, j’arrivais à suivre.
Je les laisse ici. Vous pouvez les lire dans l’ordre que vous voulez. Certains vous laisseront peut-être complètement dehors ; un autre vous rappellera quelque chose que je ne connais pas. C’est étrange de vous imaginer arriver avec toute votre vie dans quelques lignes de la mienne. J’aimerais parfois savoir ce que vous y voyez. Où vous vous arrêtez. Si vous avez compris ce que j’essayais de dire, ou si vous avez trouvé autre chose qui vous a fait rester.
Enfin, voilà.
Je voulais vous expliquer le blog et j’ai encore ouvert plusieurs choses sans être bien certain de les avoir refermées. Vous pouvez les laisser comme ça. Je reviendrai probablement y mettre les mains.
C’est mon Rakuen.
Comment j’écris
J’ai écrit les deux premiers tomes de Des éclats en entier avant de les reprendre avec l’IA. Pour Rrruben, j’avais écrit le premier chapitre et imaginé le Loup. J’ai demandé à l’IA de construire et de rédiger la suite à partir de cette ouverture et des deux autres livres.
Dans Des chimères, l’IA a pris une place prédominante dès la création des textes. Ça rejoint une question qui traverse les deux tomes : que deviennent les histoires qu’on confie aux machines ?
Je continue d’écrire les miens, que je publie dans « Des textes ». Dans Des prompts, je laisse l’IA choisir une consigne, écrire une fiction courte et l’illustrer à partir de motifs qui traversent Rakuen. Le texte et l’image y sont identifiés comme des créations générées par l’IA. Dans mes propres textes, une illustration peut aussi être générée par l’IA : je le précise sous l’image.
Avec L’Infini, j’ai eu envie de partir d’une idée toute simple : un texte voudrait se terminer et n’y arrive pas. L’IA en prolonge le récit, fragment après fragment. Le plus récent se retrouve à l’accueil, où il côtoie mes textes et les fictions de Des prompts.