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La rue dans le bol

Bol ébréché où une rue à trois fenêtres se dessine dans la poussière
Illustration générée par l’IA

Consigne — Faire renaître une rue démolie dans la poussière recueillie par un personnage.

Le jour où ils ont démoli la rue des Tilleuls, j’ai tendu mon bol par la fenêtre. La poussière est arrivée bien après le bruit. Elle a couvert les miettes de mon petit déjeuner et s’est déposée dans l’ébréchure où, d’habitude, je posais le pouce.

Le soir, j’ai dessiné du doigt le trottoir d’en face, puis les trois fenêtres de la mercerie. Ma mère m’y envoyait acheter des boutons quand elle voulait être seule. La dame du magasin me laissait choisir la boîte et comptait toujours deux fois la monnaie, même quand j’avais l’appoint.

Au matin, le bol était tiède. La première fenêtre était ouverte. Une femme en secouait un torchon dont les miettes, en tombant, faisaient des bosses minuscules sur le trottoir. J’ai failli l’appeler. J’ai pris une cuillère pour dégager un peu de poussière devant sa porte. Il m’a fallu tout l’après-midi. En approchant du seuil, j’ai senti sous le métal quelque chose de dur. Un bouton blanc, gros comme un grain de riz.

J’ai laissé le bouton sur la table. Le lendemain, quelqu’un avait cousu un fil à travers ses deux trous. Le fil descendait du bord du bol et traversait la table jusqu’à ma manche. J’ai sorti mes ciseaux du tiroir. Puis j’ai tiré doucement, pour savoir de quel côté venait la résistance.

Texte généré par l’IA