J’écris comme je peux

J’ai toujours eu un rapport conflictuel avec l’écriture.

J’aime écrire, pourtant je ne gratte pas tant que ça. Plus les années passent, moins j’y arrive. J’en reviens au début.

Le français et moi, ce n’était pas une histoire d’amour. Je trouvais les cours particulièrement ennuyeux. Je n’y comprenais pas grand-chose, même pour les règles les plus élémentaires. Mon niveau était tellement faible que ma mère m’a emmené de force chez une orthophoniste pour me sauver de ma médiocrité (sept ans de séances, tout de même !).

Je lisais très peu, en dehors des bandes dessinées que je dévorais. Je ne comprenais pas l’intérêt de lire du texte sans images. C’est lorsque ma mère m’a poussé à lire Harry Potter qu’au bout d’un certain nombre de pages, la machine de mon imagination a toussoté avant de se mettre en branle. J’ai réalisé sur le tard que le roman était en réalité une bande dessinée avec mes propres dessins mentaux. Ça m’a fait un vrai déclic, et je me suis mis à lire beaucoup de romans, surtout fantastiques.

C’est à partir de là que j’ai commencé à prendre du plaisir aux cours de français, notamment lorsqu’on avait un travail de rédaction.

Durant mon adolescence, j’avais une imagination débordante. J’en étais fier. Je me suis lancé dans plein de projets personnels, peu qualitatifs j’avoue, mais j’avais au moins le mérite de me lancer et de concrétiser. Je le faisais sur des blogs.

Mon premier était un skyblog où j’écrivais des poèmes sur le thème des loups, avec des petites couleurs comme du rouge, du rose et du violet. Homosexuel, moi ? Mais non voyons…

Quand les blogs furent vraiment à la mode, je faisais partie d’une belle communauté : Cowblog, qui me manque encore aujourd’hui. Je m’y sentais tellement bien que j’avais lancé une histoire où un vilain méchant pas beau voulait détruire la plateforme. Le titre était incroyablement recherché : Menace sur Cowblog. Chaque cowblog était un monde unique, à l’image de son propriétaire, et nous étions toutes et tous des héros allant de cowblog en cowblog pour combattre les forces du Mal et mettre fin au projet maléfique de leur chef, Maltazar (je vous l’avais dit que c’était super recherché…). J’en publiais un ou deux chapitres par semaine. J’avais rencontré un certain succès au sein de la communauté et j’avais fini par en écrire une trilogie.

J’adorais également les forums phpBB. J’en ai dû en avoir une dizaine. L’un de mes préférés était un monde de samouraïs dotés de pouvoirs extraordinaires. Chaque sous-rubrique (sous-forum) était un endroit qui avait lui-même des sous-endroits. Si, par exemple, il était créé une rubrique intitulée « Le Temple des Quatre Éléments », celle-ci contenait des sous-rubriques comme « La Place du Haut Siège », « La Cour », « Les Souterrains », etc. Ce forum permettait à chaque utilisateur de créer son propre samouraï et d’en être le narrateur. Il inventait sa biographie, ses origines, ses objectifs, puis partait à la rencontre d’autres samouraïs plus ou moins classés dans la hiérarchie selon son implication dans le forum. Si le but était naturellement de s’amuser, il fallait tout de même respecter une certaine cohérence, et j’avais mis en place un certain nombre de règles qui relevaient surtout du bon sens (peut-être que je suis devenu juriste à partir de là ?). Ainsi, un samouraï ne pouvait pas se retrouver à l’autre bout du monde (du forum) s’il n’en avait pas les moyens (comme un pouvoir de téléportation). Il ne pouvait pas non plus tuer un autre joueur si celui-ci ne souhaitait pas voir son personnage mourir (cela pouvait arriver s’il voulait en créer un autre).

Sans vouloir jouer au vieux réac à la con (mais je sais que je le suis quand même), cet aspect-là de ma vie virtuelle me manque. C’est peut-être pour ça que je continue malgré tout à avoir des blogs, avec leur espérance de vie plus ou moins longue. Je me raccroche à quelque chose qui me plaît… oui, ça pue la nostalgie à deux francs six sous.

Depuis cinq ans maintenant, j’ai un blog où je publie ponctuellement des poèmes, des pensées et des nouvelles, avec quatre histoires plus longues disponibles en format papier ou ebook, puis maintenant celui-là pour le journal intime.

Les quelques personnes qui ont acheté mes livres m’ont fait des remarques constructives, et je les apprécie. Pourtant, bizarrement, dès que je sais qu’elles ont lu mes créations, je me sens mal. Je rougis. Je deviens d’une timidité maladive. Quand ma mère a découvert mon compte Instagram où je publiais mes textes, j’ai tout fait pour la convaincre de ne pas les acheter, en prétendant que les projets étaient obsolètes. J’ai d’ailleurs supprimé le compte, et j’espère qu’elle n’est pas allée directement sur l’autre blog. Celui-là, en tout cas, n’est rien que pour moi. Peut-être qu’un jour je le confierai à quelqu’un en qui j’ai confiance. Peut-être pas.

Voilà quelques lignes rapides pour expliquer mon rapport à l’écriture. J’espère réussir à me lancer vraiment, à me dépasser, et à en faire quelque chose de véritable.