J’ai croisé un vampire

C’est dans un délicieux paradoxe que j’ai croisé, au cœur de la Cité du Soleil, un vampire.

Ce qui m’a frappé en premier, ce furent ses grands yeux clairs, plantés dans les miens, comme s’ils fouillaient chacune de mes pensées. Son corps, soigneusement entretenu, arborait une pâleur impeccable, sans le moindre poil. Il parlait avec un accent exquis venu de l’Est, et m’apprit qu’il venait de Transylvanie. Lorsqu’il me demanda d’où je venais, je me suis soudain senti presque ridicule de répondre simplement que j’étais… de Paris.

Mon imagination avait repris le dessus, et je me surprenais à croire que, dans cette Cité, il se nourrissait de ma chair et de mon sang pour préserver la beauté qui le définissait. Je me laissais faire sans résistance, tant que cela me plaisait. Il ne pouvait être qu’un vampire : il m’avait confié que la lumière le gênait. Pourtant, il m’avait poussé dans une cabine tapissée de miroirs, et je l’y voyais parfaitement se refléter. Peut‑être que son image n’y apparaissait pas vraiment, et qu’il m’avait lancé quelque obscur sortilège, en toute discrétion, avant d’y entrer.

J’aimerais croiser un vampire plus souvent. Il faudrait peut‑être que j’aille faire un tour dans le « pays au‑delà des forêts ».