Une boucle dans ma tête

Le voilà reparti sur ses terres provinciales. Sans surprise, le Soleil l’attend là-bas, alors que pour nous, le gris reste un compagnon familier.

Depuis ce qui s’est passé l’autre soir au bar, quelque chose s’est réchauffé entre nous. Tant qu’il était là, je n’arrivais pas à faire l’état des lieux de mon cœur. Alors ce samedi matin, mon café entre les mains, je me dis que c’est peut-être le moment.

Hier soir, je me suis retrouvé seul chez moi, sans rien faire de particulier. Je regardais la télé, quelques bières à portée de main, et soudain les larmes se sont mises à couler. Ça ne m’a même pas surpris. J’avais les tripes serrées depuis trop longtemps, tout était resté contenu. Il fallait que ça sorte.

L’Attaque, puisqu’il faut bien nommer les choses, a été particulièrement violente. Je ne m’y attendais pas du tout, surtout devant les copains. Ils étaient mal à l’aise, moi le premier. J’ai d’abord ressenti de la honte, puis de la colère. Il m’a même demandé s’il devait aller dormir chez sa meilleure amie, mais je lui ai dit non. Je ne sais pas si je suis plus susceptible ou plus émotif que la moyenne, mais je ressens tout avec une intensité telle que je dois me forcer à raisonner pour ne rien regretter ensuite. C’est aussi pour ça qu’il fallait qu’il reste avec moi.

Et puis, ce n’était pas un silence de mort. Je lançais des phrases simples : « On monte là », « On descend ici », « Je fais à manger », « Tu veux boire quoi », « Bonne nuit ». Pour maintenir un fil.

Le lendemain, dimanche, nous avons à peine échangé. Je n’avais pas la force de revenir sur le sujet, même si c’est ce que nous aurions dû faire. À la place, j’ai occupé mon esprit en façonnant ce blog, ce Rakuen, et en rédigeant le premier article.

Je me suis dit qu’en parler n’allait rien arranger. C’est un homme blessé par ses histoires passées, qui verrouille tout, mais qui parfois, en public et sous l’alcool, lâche une bombe puis passe aussitôt à autre chose. Et toi, tu restes là à encaisser, à ramasser les débris, pendant qu’il te fait presque croire que c’est lui la victime.

C’est horrible de parler ainsi de celui que j’aime. Parce que je l’aime. Il le sait. Mais la relation à distance n’aide pas, et nous avons tous les deux des caractères forts. La plupart du temps, je laisse couler quand il lance ses Attaques. Sauf que ce soir-là, quand je l’ai entendu sortir devant tout le monde : « Au bout d’un moment, ça va me saouler et je finirai par le quitter. », ça m’a transpercé. Comment ça pourrait faire du bien ?

Le pire, c’est que je suis convaincu de n’avoir rien fait de mal. Il me reproche des contradictions, alors je ne sais plus comment m’y prendre avec lui. Des amis m’ont dit qu’il fait ça pour être rassuré. Mais rassuré de quoi ? De quoi a-t-il peur ? Je l’aime, je le dis, je le montre. Peut-être que ma vie un peu singulière le déstabilise. Je sens une jalousie chez lui, même si je ne la comprends pas toujours. Et en même temps, je me dis que s’il est jaloux, c’est qu’il tient à moi, qu’il ne veut pas me perdre.

Mais moi non plus, je ne veux pas le perdre.

Sauf que ces Attaques nous abîment. Elles laissent des traces. Et je me demande combien de temps on pourra continuer comme ça. C’est ce qui tourne en boucle dans ma tête.